Augmenter significativement le taux de dépistage organisé du cancer du sein en France, c'est possible

Abstract

La France affiche un taux de dépistage du cancer du sein parmi les plus mauvais de l'Union européenne.

Plusieurs départements en France comme l'Hérault ou l’Orne, depuis plus de trente ans, ont fait la démonstration qu'en allant vers les femmes éloignées des centres de radiologie ou plus globalement éloignées du soin pour des raisons géographiques ou socio-culturelles, il était possible d'accroître ce résultat de 40% au moins.

Cette démarche repose sur un dispositif mobile de mammographe installé dans un véhicule adapté avec une secrétaire, un médecin ou une sage-femme (avec dérogation de l’ARS) et une Manipulatrice en Eléctro-Radiologie formée spécifiquement à la Mammographie.
Ce dispositif est autofinancé grâce à l’Assurance Maladie en régime de croisière. Plusieurs industriels ont développé divers types de systèmes adaptés, y compris un véhicule d’environ 3,5 tonnes.

Elle a tout son sens sur les territoires où l’accès à un centre de radiologie est complexe et où des populations sont éloignées de la prévention et du soin.


La France affichait en 2024 un taux de 45,6 % de dépistage organisé du cancer du sein, classant l'Hexagone parmi les huit pays les moins bien classés de l'Union, selon les données disponibles (source Eurostat). En y ajoutant 11% de femmes qui se font dépister dans une démarche individuelle, on atteint le taux de 56,6% loin de l’objectif de 70% prôné au niveau européen.
 

Le dispositif de la Mammobile de l’Hérault constitue une référence en matière de dépistage mobile, tant par son ancienneté que par son niveau d’intégration dans l’organisation territoriale. Mis en place dès 1990 et porté par l’association Montpellier Hérault pour le dépistage du cancer du sein (association loi 1901), sous l’impulsion du Pr Joseph Pujol, ce dispositif s’inscrit dans une logique de permanence, avec une activité déployée tout au long de l’année.

La Mammobile est aujourd’hui pleinement intégrée au dépistage organisé du département et joue un rôle structurant dans l’accès au dépistage. En 2021, elle a contribué à une augmentation de +42% du taux de participation au dépistage organisé du cancer du sein. Sur environ 47 000 mammographies réalisées dans ce cadre à l’échelle départementale, près de 24 % l’ont été via le dispositif mobile. En 2024, 14 616 femmes ont ainsi été dépistées par la Mammobile, y compris dans certaines communes limitrophes de l’Hérault.
 

Le dispositif mobile de dépistage de l’Orne constitue un retour d’expérience inspirant, compte tenu de son ancienneté et de son niveau d’intégration dans l’offre de dépistage. Mis en place dès 1991 à l’initiative du Conseil départemental et sur la base du modèle héraultais, il a été repris en gestion en 2019 par le CRCDC Normandie. Il représente aujourd’hui un levier du dépistage organisé, augmentant de plus de 69% le nombre de mammographies réalisées dans ce cadre (près de 4 900 examens sur 12 000 au total à l’échelle du département de l’Orne).

Le dispositif cible prioritairement des territoires ruraux et éloignés de l’offre de soins, caractérisés par des retards de dépistage et des indices de défavorisation sociale élevés, ainsi que des femmes non dépistées depuis plus de quatre ans. Le territoire couvert (environ 6 000 km²) est structuré autour de 35 zones de stationnement, avec une organisation logistique optimisée : l’unité de dépistage stationne entre 3 et 4 jours sur un même site, avec un chauffeur externalisé qui assure les déplacements du véhicule. En 2025, 150 sorties ont été réalisées, pour une moyenne d’environ 32 patientes par jour.

Le fonctionnement repose sur une équipe embarquée composée d’une manipulatrice, d’une secrétaire et d’un médecin (généraliste ou gynécologue).
 

Le Mammobus Île-de-France, créé en 2020 par l'association Bus de la Santé, s'est imposé comme un outil majeur pour lutter contre les inégalités d'accès aux soins. En circulant directement dans les quartiers populaires, les zones rurales et les Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV), ses deux unités mobiles affichent des résultats concrets :

  • Rapprochement du dépistage : Il permet de lever les freins financiers et administratifs en offrant des examens 100 % gratuits, sans ordonnance, sans rendez-vous, ni carte Vitale.
  • Prise en charge immédiate et complète : Grâce à des équipements de haute technologie intégrés, les femmes bénéficient sur place d'une consultation médicale, puis d'une mammographie ou d'une échographie si le médecin le juge nécessaire, avec l'obtention de résultats rapides.

Plusieurs autres territoires ont engagé des démarches similaires mais sans les systématiser.

A partir des retours de ces expériences inspirantes en Hexagone, huit enseignements en ressortent pour lancer un tel projet sur un territoire :

  1. La présence d'un radiologue dans le camion n'est pas nécessaire
  2. Le respect du cahier des charges du dépistage exige la présence d’un médecin (ou sur dérogation d’une sage-femme) formé à la radioprotection
  3. La formation d'un vivier de manipulatrices formées à la mammographie est stratégique
  4. Le dispositif devient auto-financé en régime de croisière
  5. La communication sur le dispositif permet de dépister jusqu’à 60 femmes par sortie
  6. Les ressources mobilisées peuvent être un mélange de professionnels libéraux et salariés
  7. Le statut Association loi de 1901 peut être le vecteur juridique à privilégier pour sa souplesse
  8. Il est essentiel d'avoir un chef de projet légitime, convaincu et avec une fibre entrepreneur

Se fixer l’objectif de rejoindre en France les taux de dépistage des pays du nord de l’Europe qui dépassent les 80% n’est pas une utopie. Il permettrait de réduire la grande inégalité entre les femmes face à cette maladie qui est la première cause de mortalité avant 65 ans.


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